Nègre Djamile

Nègre Djamile

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Djamile est écrivain, Slameur, Journaliste, Rédacteur web et artiste. On l'a approché pour vous.

 

Ecrivain, Slameur, Journaliste, Rédacteur web et artiste ; Djamile voulant s’extérioriser à décidé de quitter l’armée pour s’attacher à sa tendre passion qu’est l’art.

 

Il parle de besoin de se faire entendre, apprécier, voir et écouter ; un besoin d’ouverture : et la preuve : il s’est ouvert à nous un mercredi matin aux côtes de la berge lagunaire situé à Abomey-Calavi, avec comme témoin le lever du soleil.

 

En plein dans la préparation de son voyage à l’autre bout du monde avec sur sa tête la lourde responsabilité de représenter l’Afrique de l’Ouest au Championnat  Francophone de Slam, Nègr’ Djamile a oublié un temps soit peu sa solitude qui lui permet d’écrire ses textes, pour tenter de se ‘’dévoiler ’’.

D’intenses moments de discussions avec un « négro » qui n’a ni la langue dans la berge, ni dans sa poche.

Bienvenue à tous sur Focus, et comme il a lui-même l’habitude de le dire ; Djamile est notre cobaye.

 

Urbenhits : Bonjour Djamile

Comment se sent-on quand on a la charge de représenter l’Afrique de l’Ouest au Championnat Francophone de Slam ?

 

Djamile : Bonjour Urbenhits (Rires)… Comment on se sent ?

 

On a la pression, je considère que c’est une lourde tâche et on a le devoir et l’obligation d’être à la hauteur, d’être sa propre hauteur déjà, et de la réussir. On  a également une fierté qui fouette ses pores, parce qu’on se dit qu’on a quelque chose en soi qui mérite qu’on l’entende, qu’on l’étende et qu’on le défende. Il est évident aussi qu’on se sent heureux, boosté mais aussi avec la pression qu’il faut et surtout la motivation qui va avec.

 

Urbenhits : Pourquoi tu te fais appeler Nègr’ Djamile, alors que le terme « nègre » peut sembler péjoratif ?

 

Djamile : Justement, déjà, j’aime à prendre à contre-pieds les préconçus. C’est donc né depuis le Prytanée Militaire ce pseudo. A entendre les autres quotidiennement, leurs critiques, leurs injures, leurs dérisions, leurs railleries ; il y a eu en moi, un sursaut identitaire qui s’est forgé.  Parce que chaque fois que nous faisions des débats ou regardions les informations à travers le monde, dès qu’il y avait quelque part un quelconque problème, même d’une gravité anodine, et que ça impliquait un Noir, un nègre, je les entendais tonitruer et gronder : « oh merde ! Regarde-moi ce sale négro là. Voilà comment vous vous comportez ! »

 

Il y avait toujours ce rejet instinctif qui moi me frustrait énormément. Je m’érigeais même en défenseur des crasses les plus inadmissibles. Parce que je considérais et je considère encore que, c’était de la mésestime de soi. Puisque des erreurs, des bêtises plus graves, quand elles passaient mais n’étaient pas l’apanage des nôtres, les autres autour de moi, tentaient de le justifier. C’était pour moi insupportable. Et donc j’avais choisi à l’époque déjà, je n’avais que 15 ans, de me réapproprier cette frustration. De la retourner contre ceux-là qui n’arrêtaient de s’auto-dénigrer, alors qu’il y avait de belles choses à voir à propos du noir, du nègre. Donc je leur disais  « le négro que vous insultez, que vous blâmez, qui pour vous n’a pas de valeur : je l’accepte, je l’incarne et on se fout bien de vous plaire…»

 

C’est du coup resté. Les autres ont gardé l’habitude de cette appellation-là, certainement pour tenter de me mettre mal à l’aise, mais les années se faisant, je l’ai enraciné davantage plutôt. Et j’ouvrais encore les yeux sur le meilleur de l’africain, du nègre, du négro ; afin de pouvoir à chaque fois que je le pouvais riposter avec, rétorquer. Je me souviens même, qu’à 17ans, quand je faisais mes premières démarches d’écriture, dans notre journal bisannuel ‘’L’ELITE’’, j’avais écris un article dans ce sens. Il était intitulé : « Le tort de l’africain ». Quand l’un de es professeurs a lu l’article, il m’a appelé et m’a dit : « Tu as une fougue collective en toi. Tu devrais lire des auteurs de la Négritude pour affûter ton discours. Car, comme eux, Tu as à dire ». Donc quand j’y pense, je me rends compte que ce sont mes dires qui m’ont mené vers la Négritude (je parle là du mouvement de Aimé Césaire, Damas et Senghor), ce n’est pas la Négritude qui m’a amené à dire. J’étais donc déjà nègre avant de les rencontrer, et avec eux, j’ai compris, que j’étais dans la bonne démarche. Du coup, je l’ai assimilé à l’artiste que je suis.

 

Urbenhits : Un choix de pseudo qui porte une forte histoire dit donc ! Sinon Nègr’ Djamile à l’état civil c’est qui ?

 

Djamile : (rires) à l’état civil c’est Djamile Mama Gao né en 1993. Etudes de journalisme. Ecrivain. Et ex-pensionnaire du Prytanée Militaire de Bembèrèkè (j’insiste souvent dessus parce que ça a fait ma personnalité. Et ça justifie nombre de choses à mon propos. Mon impertinence parfois. Mon abnégation. Ma ténacité. Mon ton défiant et rude, mais jamais arrogant, même si ça peut sembler l’être. L’Afrique en moi. Bah ! Mon moi quoi !)

 

Urbenhits : Et ta fougue aussi probablement ! (Rires). Pour toi, qui fais du slam, ou du rap, des arts urbains, qui peuvent être dits « moins courtois », comment tu es devenu l’Ecrivain ?

 

Djamile : Lucide question ! Déjà comme je disais à une connaissance à moi : «  je suis comme le rap. Je parais désinvolte, mais avec beaucoup de règles en dedans ». C’est pourquoi pour moi, il n’y a pas d’à-priori. Et j’ai appris à le comprendre aussi, à travers mes lectures. En matière d’écriture, d’art, il y a soi et ce qu’on a envie de transcrire. Les notions de civilité dépendent surtout de ce qu’on est je pense. Et faut dire que c’est le rap qui m’a obligé à lire et donc à apprendre à être écrivain, et c’est ensuite tout ça qui m’a conduit au  slam. Pour moi, tout ça n’est que continuité. Et ce que ça a en commun, en tout cas en ce qui me concerne, c’est l’oubli. Je suis devenu artiste, (et puisqu’on parle de l’écrivain), mon boubou d’écrivain est donc né instinctivement qu’est né mon impression d’être oublié. J’écris pour panser mon sentiment d’exclusion, d’oubli. Et aussi pour compenser mon ego, mon envie d’être vu, lu et ressenti. Savoir que l’autre s’occupe de moi même sans le savoir, même sans le vouloir. J’écris pour devenir vivant, pour me prouver mon utilité à moi-même, pour gagner des paris contre moi-même.

 

Urbenhits : Donc Djamile a laissé l’armée pour l’art ? C’est définitif !?

 

Djamile : (Rires) Oui disons que c’est « d’un combat à un autre » comme le dirait Sergent Markus.

 

Dans l’armée, il y a cette restriction, ce besoin d’être silencieux, fermé… d’être dans une sorte de claustration obligatoire : Ce n’est pas moi ça ! Moi c’est la grande gueule qui perturbe. Et pour ça, l’armée ne convient pas.

 

Urbenhits : Et pour te sortir du silence, tu es écrivain, slameur, mais aussi journaliste. Ça justifie pourquoi tu es Ozias ?

 

Djamile : (Rires) Joli piège mon gars ! Pour être franc, plus que je ne le croyais avant, le journalisme emprunte souvent à l’armée. Le politiquement correct. L’absolument acceptable. Il faut être dans le bien dire continuellement. Et déjà avec cette limitation professionnelle, devoir être contraint à ne s’exprimer que pour une individualité précise, j’imagine que ça doit être un supplice. C’est donc, d’abord pour ça que je suis Ozias. Et deuxièmement Je suis Ozias parce que cette situation me fait penser à l’Afrique.

 

Dans le sens de la manipulation cautionnée et astucieusement entretenue. Pour moi qui défends les fesses de ce continent, je ne peux qu’admettre l’acte de courage, qui refuse le larbinisme, qui refuse d’être l’intermédiaire du mensonge. Je suis Ozias enfin, pour solutionner. Parce que je considère que c’est légitime qu’un président se serve de ce qu’il a pour propager ce qu’il est, ce qu’il vaut, ce qu’il vêt, ce qu’il fait, et même ce qu’il  ne fait pas. (Sourire) C’est faire de la com ! C’est légitime, puisque les artistes le font et que personne ne s’en plaint. En plus, dans un pays comme le nôtre, s’il ne le fait pas par lui-même, personne ne le fera pour lui. Vu que de toute façon, nous avons l’instinctive habitude de prendre pour ennemi le président plutôt que celui qu’on doit utiliser pour nos utilités. Tout ça me paraît légitime. Mais… imaginez que le président n’ait pas la mainmise sur le média dont il est question. Imaginez que cette télé puisse avoir son fonctionnement autonome. Pensez-vous que ce type d’utilisation serait possible ? C’est pourquoi, (et c’est l’objectif de mon single), je suis Ozias pour solutionner. Pour donner des pistes de résolution. Car il ne suffit pas de se plaindre, (on connaît tous le problème). Apportons la ou les solutions. Je suis Ozias pour ça moi : les solutions !

 

Urbenhits : Et toujours ce ton ! Tu ne penses pas que tu réveillerais des rivalités à cause de ton africanité acerbe ?

 

Djamile : Mais bien sûr ! Beaucoup pensent que c’est être ‘’raciste’’ d’ailleurs. Je parle des africains hein ! Ca dérange beaucoup de gens ! Parce qu’ils ne comprennent pas que pour être citoyen du monde, il faut déjà être citoyen de « son monde ». C’est indéniable !

 

Donc oui ! Les rivalités, ou plutôt les démêlés, il y en a toujours, et il y a en aura encore plus, quand certains de mes sons offensifs paraîtront. C’est même rassurant. Ça signifie quelque part, qu’il y a une vérité qui dérange. Et c’est ce que je veux : déranger. Pour obliger à changer. Parce que nous devons sortir du leurre. Je parle toujours des africains hein. Des nègres aussi par extension  aux diasporas et autres. Nous devons sortir du mirage selon lequel les autres sont aimants envers nous puisqu’ils nous font des prêts et autres farces du genre, et que c’est l’africain, le nègre qui paresse et qui ne veut rien faire. Faux, faux et faux ! Faut pas qu’on se trompe. Nous sommes en politique. Et ça n’a rien à avoir avec les relations humaines et quotidiennes. Dans ce sens, les autres, ce n’est pas nous. Et donc là, les autres, ça ne nous aime pas. Ça pense à ses intérêts. C’est à nous de faire autant. Et de faire la différence entre l’hospitalité humaine, et l’hostilité politique. C’est pourquoi, les incompréhensions me font sourire. Car moi, quand je parle africanité, je parle volonté politique de développement, volonté financière et culturelle de développement. De réappropriation. Bien loin même des relations humaines ! Moi j’adore les gens du monde, qui qu’ils soient. Puisque moi je réfléchis plus nationalité, origines, que couleur de peau et toutes les conneries du genre. 

 

Mais parlant de développement, les autres ne changeront pas leur vision de l’Afrique ; tant qu’il y a des intérêts à se faire. Donc nous aussi devrions changer ce que nous avions longtemps été, au su et au vu des autres : l’Afrique qui avalise sans rien dire, l’Afrique qui souffre et qui quémande. Il nous faut désormais pouvoir dire ça ne nous convient pas, mais que pour nous, j’insiste encore sur le « pour nous », c’est ça et ça qui nous conviennent. C’est ça mon africanité, et tant pis si ça dérange des africains, encore trop ancrés dans la conformité du béni-oui-oui. Les autres çà pensent à eux déjà hein ! C’est quand que nous voulons le faire nous ? Moi, Djamile, j’aime mon Afrique ; ce n’est pas être raciste mais s’aimer suffisamment.

 

Urbenhits : Un modèle que tu suis ?

 

Djamile : Moi et…. Moi. Parce que j’apprends à m’apprendre au jour le jour. Et à devenir meilleur.

 

Par contre j’ai des mentors, soit en les écoutant, soit en faisant comme eux et puis à être moi-même après. En matière de combat panafricaniste, c’est SANKARA. SANKARA parfois quand je l’écoute ; je me dis que j’ai déjà eu à dire cela une fois. C’est hallucinant combien, je me pense dans ses pensées.

 

En matière d’écriture : c’est Jasmin AHOSSIN-GUEZO. Pendant longtemps je l’ai fréquenté ; il m’a appris à connaître l’écriture et à commettre ma propre écriture.

 

En matière de Slam c’est Sergent Markus ! Un vrai guide !

 

Pour le rap, y’a essentiellement Smarty, Jay Killah et d’autres.

 

Ce sont donc mes mentors, mais je suis mon modèle.

 

 

Urbenhits : Ta source d’inspiration ?

 

Djamile : Ma solitude ; mon émoi. Je suis de nature spontanée. Mais aussi mon amas de colère. Après… il y a bien évidemment, les alentours. Ceux que je rencontre, ce que je lis, ce que je vois et ce que j’entends. Voilà !

 

Urbenhits : Et la solitude de Djamile continue malgré qu’il a quelqu’un dans sa vie ?

 

Djamile : (Rires)… Stratégique la question ! Bah oui ! La solitude est mon foulard de vie. Sinon je n’écrirais peut-être plus. Et pour répondre à ta question implicite, Non, personne dans mes nuits ! Bon, dans ma vie. Et quand j’y pense, peut-être que même avec quelqu’un dans a vie, il y aurait toujours un pan de solitude au creux de moi. Par égoïsme artistique, afin de m’obliger à trouver une souche d’écriture.

 

Urbenhits : Des projets pour Negr’Djamile ?

 

Djamile : Oui je suis un trop-plein d’ambitions. A court terme, ce sera un prochain single. Je suis Ozias est pour moi, juste un single de circonstance. Après, des concours. Il y aura bien évidemment le Championnat Francophone de Slam.

 

Et des vidéos en plus. 2015 pour moi sera probablement une année de bondissements en sortie littéraire et artistique.

 

Urbenhits : A propos de vidéo, Tia a été reportée ! Une date pour la sortie officielle du clip ?

 

Djamile : (Rires)… Toi ! Tes questions ! Tu m’épingles à chaque fois. J’adore ! Disons 2015 ! Parce que faut avouer que je suis du genre perfectionniste et ça m’oblige à vouloir en faire davantage et davantage. Mettons mi-2015. On verra bien si je tiens la promesse ! (Rires)

 

Urbenhits : Djamile, un appel et ton mot de la fin.

 

Djamile : A tous ceux qui ont l’humilité de suivre mon parcours naissant, ne me limitez pas dans vos attentes. Aimez-moi tel que je m’offrirai à vous. Je peux être imprévisible. Et j’aime toucher les lisières qui pourraient sembler ne pas me ressembler. Merci surtout. Merci en cœur et encore de me soutenir, de nous soutenir et de croire en nous. A mes mentors je suis toujours à l’écoute de vos conseils. Ma phrase de finition serait : l’Afrique est là, et elle connaîtra sa satiété.

 

URBENHITS ! Slam up pour votre dévouement, votre volonté, votre force et que vive l’art urbain.

 

Urbenhits : Merci Djamile, et bonne chance pour la suite !

 

Interview réalisée par Khaled Sèdaminou

 

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