On a parlé du producteur, et de la production africaine avec Moussa Wagué

On a parlé du producteur, et de la production africaine avec Moussa Wagué

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Invité le samedi dernier sur les mensuelles Cash & Arts du label Blue Diamond, le Keyzit Boss, Moussa Wagué sans réserves, n’a pas mâché ses mots quand à ce que doit représenter la production en Afriq



Installé au Bénin depuis fin mars 2019, Keyzit est la firme qui cumule plus d’une dizaine d’année de pratiques dans le secteur de la production; et donc riche d’expériences et de connaissances assez pointues de ce qu’est la dialectique production et postproduction dans le domaine musical.
Avec à sa tête Moussa Wagué, figure de proue de l’industrie musicale africaine; c’est à un samedi riche en partages qu’ont eu droit les acteurs du showbiz béninois venus pour la circonstance.

Pour ceux qui ont manqué ce rendez-vous, voici en résumé la présentation de M.Wagué.

LE PRODUCTEUR


Le Producteur selon M.Wagué, c’est une personne physique ou morale qui dispose de moyens financiers et qui décide de l’investir dans la carrière d’un artiste.

« Ce n’est pas une personne qui enregistre, ce n’est pas l’artiste, ce n’est pas l’ingénieur du son, ce n’est pas le studio. C’est la personne qui paye tout ça ».


Ainsi donc, chose essentielle, aller à la production sans un compte en banque bien fourni n’est que pur utopie.
Il doit également entretenir un rapport de respect mutuel avec l’artiste ou les artistes qu’il produit. Il faut que les deux établissent la base sur laquelle fonder leur partenariat en fonction de leurs forces et faiblesses.
Mieux l’artiste saura le pouvoir et les capacités financières de son producteur mieux il saura quel contrat signer. Ce qui va éviter les petits problèmes qu’on enregistre très souvent dans l’industrie musicale africaine. Et autant que son producteur, prendre le risque d’avoir un compte en banque pour bénéficier de ces royalties.

REUSSIR DANS LE DOMAINE DE LA PRODUCTION EN AFRIQUE


« L’important c’est déjà prendre cette activité au sérieux».


La production étant une activité très coûteuse et très risquée avec un taux élevé de faillite, le producteur a l’obligation de se structurer, se valoriser, travailler sérieusement, être d’abord et avant tout professionnel. Le producteur peut avoir plusieurs casquettes (compositeur, artiste, réalisateur, beatmaker…). Il peut faire de l’autoproduction, mais ce sont des casquettes totalement différentes.

« L’artiste doit garder en tête le que producteur c’est celui qui paye et surtout veiller à protéger ces œuvres. Moi en tant que maison de disque, en tant que distributeur depuis près de 20 ans j’ai travaillé avec, entre 5 et 10000 artistes autoproduit et producteurs et la plupart du temps les gens ne sont pas professionnalisés ».


RAPPORTS DU PRODUCTEUR A L’ACTIVITE MUSICALE


« Allez-y si vous êtes prêt »


Moussa Wagué rappelle l’importance d’avoir une structure, avoir un nom commercial, une marque sous laquelle sortir ses productions (le label Blue Diamond par exemple). Le producteur doit avoir une identité, un nom et une identité visuelle qui permet aux gens de l’identifier. Ceci permet au producteur de peaufiner sa stratégie, de décider quel genre musical développer, de définir clairement son territoire et ses objectifs.
En matière de production africaine et des exigences au plan international, il doit prendre le meilleur de ce qu’offre la musique à travers les âges et les pays, s’adapter aux standards internationaux en gardant son l’originalité et tout ce qui peut permettre la créativité.

Il en a profité pour énumérer deux objectifs qui pour lui importe énormément quand on est producteur.
-Fournir des productions de qualité (bons sons, bons enregistrements, bons mixages, bons mastering, bonnes photos, bons visuels) et
-Être identifiable au premier coup d’œil en répondant aux normes internationales.


L’ENTOURAGE DU PRODUCTEUR

« Sachez qui fait quoi dans l’industrie de la musique pour pouvoir vous développer »

Le producteur a l’obligation de s’entourer de personnes qualifiées dans divers domaines afin de réussir ses objectifs. Il doit travailler avec un banquier, ouvrir un compte pour recevoir les royalties, travaillées avec un expert-comptable ou un comptable pour tenir ses comptes.

Aussi, travailler avec plusieurs avocats (un qui va le défendre sur l’aspect musique de son activité, un autre sur le plan du travail qui lui fera des contrats de travail pour ses artistes, un pour le pénal).

Il a insisté sur le fait que c’est grâce à cette organisation qu’il a pu gagner la bataille juridique qui l’opposait à Sidiki Diabaté il y a quelques mois.

Dans la suite, le producteur doit avoir un distributeur, un éditeur… Avoir une agence de communication, un tourneur, travailler avec le manager de l’artiste et un producteur de spectacle, pour ne citer que ceux-là.


LA PROTECTION DU PRODUCTEUR

« Encadrez bien votre activité protégez-vous sinon chaque personne que vous n’allez pas payer, chaque personne à qui vous n’allez pas faire de contrat peut se retourner contre vous »

Une fois la structure créée, le producteur devra signer avec ses artistes des contrats de travail (d’enregistrement et d’engagement), avoir un code producteur (isrc). Le producteur doit déclarer ses productions musicales, avoir des preuves de activités qu’il mène dans le cadre de showbizz (les facture des studios où il fait travailler ses artistes, des repas qu’ils vont payer, des hôtels qu’il loue pour ses artistes, etc).
Il doit rassembler les fiches de paye, les photos, les preuves de virement de tout ce qu’il dépense. Car confie-t-il « on assiste un peu à une colonisation 2.0 de la musique africaine. Il y a beaucoup de gens qui récupèrent les sons des artistes et vont monétiser sur leur dos. Il faut être très vigilant ».

Au total, pour Moussa Wagué, plus vous êtes au top mieux vous prospérez dans le domaine de la production musicale en Afrique.


Khaled Sèdaminou

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