Le feu : Que vaut l'album de Fanicko ?

Le feu : Que vaut l'album de Fanicko ?

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Fanicko sortait le 01 Mars dernier son premier album sous Blue Diamond. Tour d'horizon sur chaque piste de l'opus.


La discographie urbaine béninoise a retrouvé toute son activité dans la catégorie de sorties d’albums, mixtape, et autres ces trois dernières années après la période de 2012 - 2015 où il y a été rarement observé l'apparition de projets-studio comme nous en étions habitués de par le passé. Un exercice qui s'avère déterminant dans la carrière d'un artiste du fait de son caractère hautement professionnel. En 17 mois, on peut citer entre autres comme projets ceux de Nasty Nesta, Ralami(Ex-Amiral Revers), Kemtaan, Niyi Kosiberu, Blaaz, Tyaf, BMG YARI...qui animent si bien notre sphère urbaine dont les médias en font leur choux-gras. Voici venu le tour de Fanicko, l'une des plus grosses pointures des musiques actuelles au pays dont l'album est excessivement attendu du public, de se prêter à cet exercice artistique pour confirmation sur un disque, tout le bien pensé de lui. En effet, la coqueluche de Blue Diamond, présentait son premier album au public le 1er Mars dernier, sur lequel Urbenhits y est revenu faisant passer au peigne-fin, chaque morceau en vue d'alerter peut-être votre sens d'appréciation.

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Le chapitre mélodieux s'ouvre avec "Le Feu", titre éponyme dont on a déjà su pas mal de choses qu'il ne presse plus d'en rajouter. Place au deuxième morceau Mamacita fait d'une prod qui ne semble pas du tout inquiéter le chanteur. C'est donc avec une assurance impressionnante à son habitude qu'il a couvert le beat de tous ses atouts vocaux en complicité avec la vedette nigériane Chidinma pour nous y produire une prestation élevée au rang de son immense talent dont on n'en parle plus. La prod nous en fournissait quelques indices mais c'est au refrain qu'on s'assure du bel hommage rendu à notre Dadjè national feu Gnonas Pedro de qui Fanicko serait sans doute un fan tout comme il le serait des actuelles mastodontes de la musique nigériane Davido et Wizkid desquels, il nous livre des copies voisines aux tubes Fall, Soco et Manya respectivement sur les morceaux Miss You et Pepepe qui ont bénéficié d'une performance élégamment au-delà de la norme. 


Et ça se comprend du fait que les morceaux choisis soient ce qui se fait de mieux actuellement en Afrique. On pense que c'est ici que le coup d'éclat a été donné sur le projet, Fuego gros son dont s'en passer les soirs au club ne sera qu'échec car il renferme toute la force pour faire chauffer n'importe quel dancefloor. Au tour des femmes d'accéder à leur hymne comme c'est toujours le cas quand c'est Fanicko. Aux influences de l’énormissime “Despacito" de Luis Fonsi, Ne T'en Vas Pas est d'une performance incroyablement géniale à laquelle on a fait que rester attentifs et admiratifs aux différents couplets tout le temps que le son passait. C'est évident qu'il serait à son aise dans un tel registre, mais quand il l'a fait, c'est un gros coup. Avis donc à toutes les nanas.

Pas le temps de recouvrer ses esprits, puisqu'à quelques secondes s'est logée, l'un des tracks les plus bankables du skeud, Je t'aime est composé de vagues de mélodies des plus accrochantes aux plus touchantes où invité sur le morceau, Sidiki Diabaté y a déposé un si joli complet auquel il a ajouté un paquet d'émotions quand il a décidé de chanter le titre en fon; une réussite qui pourrait facilement lui valoir la nationalité béninoise si éventuellement il en demande..lol. Pour nous, c'est la collaboration la plus aboutie même si nous éprouvons un gros kif à l'endroit de Avec Toi aux côtés de Daphné, qui a défendu avec briot l'arrivée du projet. Lequel projet pour l'avoir parcouru à ce niveau, on en est très satisfait. Le seul bémol, petit moment d'ennui sur le morceau Georges & Julio dû à une instru qu'on trouve trop linéaire manquant de profondeur, en même temps le genre de beat déja beaucoup exploité par le passé dont il en faut plus pour le rendre efficace. Heureusement que la prochaine piste est Assez lumineuse pour nous faire tomber de nouveau en extase grâce aux envolées mélodieusement émouvantes, artistiquement intraitables, talentueusement efficaces pour un rendu hors-catégorie. Morceau ayant connu le moins possible l'assistance d'autotune, fera assurément partie de ceux qui pousseront l'album loin. C'est d'ailleurs notre coup de cœur. Terminons avec Zogbohouè (Outro) où pour une énième fois, sans forcer, la prestation reste royalement efficace avec une facilité captivante à faire de simples mots des chants qui s'obstinent à quitter les lèvres si tôt.

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Venu au pied de ce tracklisting, musicalement cet opus de Fanicko n'est pas de la blague, c'est de la balle. Des mélodies en veux-tu en voilà qui ont abouti à des sons dont vu le caractère excellent des factures, très peu y jouent avec lui parce qu'il explore l'étendue d'un talent qui laisse penser qu'il serait le plus doué de sa génération et qu'il va falloir développer des arguments beaucoup plus solides du rang de ses concurrents pour disputer ce titre avec lui. Ce premier essai solitaire de Fanicko De Jesus est indiscutablement le meilleur album afropop béninois de la génération actuelle derrière le SOYIMANVO 1 de Dibi Dobo qui en termes d'authenticité reste le meilleur de tous les temps.

Par Jean Luc SOUNKPON

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