GHOSTWRITTING : Mort du rap ou expression d'un art ?

GHOSTWRITTING : Mort du rap ou expression d'un art ?

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Le pe-ra s'est aujourd'hui beaucoup éloigné de l'image marginale qu'on lui collait.


Le ghostwriting est une pratique de lobbying ou de manipulation d’opinion qui est initialement principalement utilisée dans le domaine de l’industrie pharmaceutique et médicale et qui consiste à utiliser des experts plus ou moins reconnus pour faire publier en leur nom des articles créés par des agences de contenus spécialisées. C'est ainsi que le site "définitions marketing" définit le mot.

Cette pratique a depuis longtemps franchit les frontières médicales pour se répandre dans un nombre incalculable de domaines comme par exemple l'entrepreneuriat où les gens sont en quête de contenus stratégiques, la politique où d'autres personnes les discours, en littérature où on parle de "nègres littéraires" et en rap où le phénomène est très tabou mais pas pour autant mis en avant.

Le pe-ra s'est aujourd'hui beaucoup éloigné de l'image marginale qu'on lui collait. Il passe en radio et en télé comme les autres musiques et aide même dans le marketing de plusieurs entités comme Adidas, Citroën etc. Comme les autres musiques. Faire les choses comme les autres genres musicaux ne s'arrête pas là. Le rap s'est aussi laissé infiltrer par le ghostwritting, un phénomène peu répandu au Bénin mais qui n'en demeure pas moins connu vu les nombreux angles auxquels ils renvoie.

"ÉCRIVAINS FANTÔMES SANS ÊTRE FANTÔMES"

Le ghostwritting tient toute sa définition pas plus loin que sa traduction littérale : "écriture fantôme". Le principe veut donc que ni celui qui fournit le texte, ni celui qui se l'approprie ne le revendique jamais.
Quand Booba déclare avoir déjà gratté pour Alizée même si cela n'a jamais aboutit en chanson, quand Niyi Kosiberu et God MC reconnaissent avoir déjà prêté une plume même si c'est sans dévoiler le ou les bénéficiaire(s), sont-ils toujours ghostwritters ?

POURQUOI RECOURIR AUX SERVICES D'UN GHOSTWRITTER ?

Chaque artiste a son style. Le temps aidant il peut arriver d'avoir envie de renouveler son univers. Ce qui n'est pas condamnable sauf que tout le monde n'a pas la plume requise adaptable à toute variation. Masso du 4 Season atteste alors que le ghostwritting n'est pas mauvais.

Les artistes ayant atteint un niveau de buzz donné veulent à tout prix maintenant ce buzz si non le dépasser en étant surtout au contact des fans. Le temps ne suffit donc plus car étant partagé entre promotions, communications, prestations scéniques etc. Pourquoi alors dans ce cas ne pas aller vers des paroliers si comme le rappelle Niyi Kosiberu, qui n'est absolument pas contre le fait de se faire aider un jour, "Ice Cube écrivait pour Eazy-E... P Diddy n'écrivait pas non plus. (Diams a écrit "précieuse" de Sinik, Maître Gims a déjà écrit pour vitaa etc. NDLR)"

Utiliser la rédaction d'un rédacteur à gage peut aussi tout simplement venir du fait de reconnaître ses faiblesses doublé du soucis de laisser les autres exprimer la force de leurs verbes, leurs talents ou leur art et par la même leur permettre d'en tirer le profit financier qui va avec. Pour God MC, venir en soutien à un artiste qui a la "plume moins féconde... n'est pas un mal en soi si tant est que ça génère une rémunération..."

Justement en parlant de rémunération, il existe aujourd'hui des sites internet comme par exemple rap rebith qui proposent textes à quelque rappeur que ce soit avec des services facturés de 30000$ à 100000$

LA STREET CRÉDIBILITÉ

Ce point exige de remonter aux instants où le rap à poussé ses premiers cris, remonter au moment où Chuck D de Public Enemy voulait faire passer le rap pour "le CNN des afro-américains"

Le rap est donc à la base une expression très engagée qui repose sur ses propres mots.
Considérant ces facteurs originels, comment se considérer rappeur si le contenu livré vient d'autrui ?
Là-dessus certains puristes parlent juste de traîtrise ou de manquement à la fidélité rapologique. Pour Sasory, le ghostwritting est tout simplement "inadmissible... Les chanteurs peuvent. On juge leur voix. Un rappeur, on juge sa plume".


Cruiz AG va dans le même sens avec une grosse couche de moquerie en fond de toile "Non j'ai jamais fait confiance aux choses fantômes. Rire. Ghosts détèeee ?"
Ghostwritter, écrivain fantôme, rédacteur à gage, parolier, prête-plume... Autant de termes pour désigner ces collaborateurs de l'ombre à l'origine d'une grosse controverse. Ceux qui pensent que toutes les valeurs et les exigences du rap doivent être reflétées et conservées dans les textes d'une part et ceux qui pensent que le rap évolue et doit donc repousser certaines limites d'autre part.


Ghostwritting, un art à part entière ou juste le plus bel argument pour démontrer l'inauthenticité d'un rappeur ?

Ousmane AKPARI

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