Djamile Mama Gao : plus qu’un artiste, un activiste visuel

Djamile Mama Gao : plus qu’un artiste, un activiste visuel

236 vues

© Photo inédite de la série, que l’artiste n’a pas publié mais qu’il nous a autorisé à diffuser


C’est avec sa dernière série photos Révolte Utérine, publiée sur ses réseaux sociaux (Facebook, Instagram, et Twitter, ndlr), que l’artiste engagé Djamile Mama Gao a suscité autant de questionnements que d’étonnement.

On y retrouve des images qui donnent à la fois froid au dos mais qui témoignent aussi, de sa capacité de performeur.


Au fil des années, beaucoup ont découvert son sens de la prise de position par rapport aux sujets qui touchent le peuple de son pays ou d’Afrique. C’est d’ailleurs par ce trait d’engagement qu’il s’est positionné comme étant l’une des voix les plus porteuses de sens et de vérité dans la nouvelle génération.



Mais alors qu’il s’est ancré dans l’art, on l’a vu se diversifier énormément. Passant de l’écrivain au slameur, du journaliste à l’entrepreneur culturel puis au modèle photos. Si on peut craindre que cette pluralité puisse le disperser, on peut également se rendre compte que d’une facette à une autre, Djamile Mama Gao parvient à afficher sa singularité, à explorer ce qui surprend, ce qui sort du lot, ce qui crée un tic d’interpellation au-delà du commun des artistes. Et c’est là son point fort : sortir des codes pour mieux déployer sa créativité prodigieuse et insolite. On se souvient encore de son choix de cover et de pochette pour son album « Na Yi Noukon » (sortie digitale au Bénin le 10 janvier 2019 et à l’international le 15 Mars 2019, ndlr).



Il faut croire que quelques mois après, sa créativité est restée toujours aussi vive. Mais surtout qu’elle s’adapte efficacement à l’actualité. En effet, alors que la situation politique post-électorale du Bénin s’est dégradée, l’artiste s’est saisie du sujet. Avant tout, il s’agit là d’un choix audacieux, étant donné que le contexte n’a pas permis aux langues de se délier. Encore moins en ce qui concerne celles de nos artistes.
Par contre, le slameur Djamile Mama Gao prend le risque. Mais avec une subtilité qui consiste à prendre la parole par des images (comme ce fut le cas pour la campagne digital #TaxePasMesMo, ndlr). C’est d’autant plus ingénieux que cette démarche lui permet de fragmenter son propos, mais également, de suggérer bien plus qu’on ne semble voir.



Sa série, à la fois poétique et physique, puisant même dans l’extrême pour signifier une préoccupation profonde ; est comme une allégorie de la réalité vue sous le prisme de la rage étouffée, de l’exaspération contenue, de la rébellion en suspens. Délivrée comme un acte de mise à nu, l’artiste s’y livre entièrement, avec intensité, avec virulence, avec conviction, avec résistance, et bien sûr, avec une vulnérabilité qui dit l’espérance inconsolée.



Il faut dire que Djamile Mama Gao a cette capacité étonnante à transmettre aux autres toute l’énergie qui se dégage de sa passion et de ses émotions, grâce à cet art qu’il maîtrise à merveille : incarner des faits, et des points de vue poignants. Ainsi, Révolte Utérine (composée de 8 images dont 5 publiées, ndlr) n’est rien d’autre qu’un prétexte idoine, pour transmettre ses messages, pour affirmer sa position, pour « résister ».



C’est donc à juste titre, qu’on pourrait penser qu’au-delà d’être un artiste, Djamile Mama Gao pourrait être appelé activiste. Un activiste visuel, puisqu’à défaut de dire son engagement, il le montre et le démontre !

Khaled Sèdaminou

top 10 urbenhits 07-2019
facebook